Seulement un peu ici : les chants de Nezahualcóyotl
- Datation
- Lieu
- Texcoco, State of Mexico, Mexico · Nahuas (Acolhuas) de Texcoco, chants transcrits sous la domination espagnole
- Coordonnées
- 19° 31′ N · 98° 53′ W (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Fragmentaire

Codex Ixtlilxochitl, folio 106r, Bibliothèque nationale de France (Mexicain 65-71), domaine public, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine
L'économie de données est activée. Les images ne se chargent qu'à votre demande. Vous pouvez changer ce choix à tout moment dans les réglages.
Note de l'archiviste
D'un seigneur de Texcoco, au XVe siècle, on se souvient moins pour ses guerres que pour une question. Nezahualcóyotl, dont le nom évoque un coyote qui jeûne, gouverna de 1431 à 1472 la cité bâtie sur la rive orientale du lac de Mexico. Autour de son nom, on chantait au rythme des tambours, et quelques-uns de ces chants ont survécu à l'effondrement de son monde.
L'un d'eux demande s'il est vrai que l'on vit sur la terre, et répond : « Pas pour toujours sur la terre, seulement un peu ici. » Puis il compte ce qui ne dure pas. Le jade se fend. L'or se brise. Les longues plumes vertes du quetzal se déchirent.
Cette civilisation tenait le jade et les plumes pour ce qu'elle connaissait de plus précieux. Le chant ne les nomme que pour les laisser partir.
Sa voix, nous ne l'avons pas. Nous avons des mots que des scribes nahuas ont écrits en lettres latines quelques décennies après la conquête, sur une terre désormais gouvernée par l'Espagne, puis recopiés à la fin du siècle. A-t-il fait ce chant, ou d'autres l'ont-ils chanté en son nom ? On ne peut plus le trancher.
La tristesse qui s'y dit n'a pas besoin d'auteur. Elle appartient à quiconque a tenu une belle chose en sachant qu'elle ne resterait pas.
Établi
- Nezahualcóyotl, né en 1402 selon les chroniques coloniales, gouverna Texcoco, sur la rive orientale du lac de Mexico, de 1431 à sa mort en 1472 ; sa renommée de faiseur de chants fut consignée vers 1600 par les chroniqueurs Juan de Torquemada et Fernando de Alva Ixtlilxóchitl (León-Portilla 2011).
- Les chants liés à son nom nous sont parvenus par deux manuscrits écrits en nahuatl, en lettres latines, après la conquête : les Cantares mexicanos, conservés à la Biblioteca Nacional de México, et les Romances de los señores de la Nueva España, conservés à la Benson Latin American Collection d'Austin (León-Portilla 2011 ; Martínez Baracs 2013).
- La strophe sur l'impermanence, dans les Cantares mexicanos (folio 17r), dit en nahuatl : « an nochipa tlalticpac, zan achica ye nican », « pas pour toujours sur la terre, seulement un peu ici » ; elle ajoute que même le jade se fend, que l'or se brise, que les plumes de quetzal se déchirent (Mexicolore, d'après Bierhorst).
- Les Romances contiennent d'autres chants sur le même thème, comme le vers « zan achica netlalcahuilo nican », « pour peu de temps seulement la terre nous est prêtée ici » (Dirección General de Bibliotecas 2023, d'après Garibay).
- Ces chants étaient accompagnés du tambour droit (huehuetl) et du tambour à fente (teponaztli) ; leur musique n'a pas été notée (León-Portilla 2011).
Interprétation
On discute pour savoir si Nezahualcóyotl a lui-même composé l'un de ces chants. Miguel León-Portilla, à la suite d'Ángel María Garibay, lui attribuait une trentaine de compositions, en tenant la première personne (« moi, Nezahualcóyotl ») et les gloses des manuscrits pour des marques d'auteur. Jongsoo Lee soutient que la plupart de ces attributions ne résistent pas à l'examen et que l'image d'un roi philosophe et pacifique a été en grande partie construite à l'époque coloniale. John Bierhorst lit les Cantares comme des « chants de revenants » de l'époque coloniale, où le jade, l'or et les plumes désignent les guerriers ; la strophe parlerait alors de la mort au combat plus que d'une méditation générale sur l'éphémère. D'autres spécialistes, dont León-Portilla et James Lockhart, ont rejeté sa thèse d'ensemble. Les dates de la vie du souverain proviennent elles aussi des chroniques coloniales.
Et demain
Vous qui lirez ceci dans mille ans : si ces vers vous parviennent encore, vous aurez gardé une plainte sur ce qui ne dure pas, étrange manière de durer.
Sources (5)
- León-Portilla, M. (ed.). Cantares mexicanos, 3 vol. Mexico, Universidad Nacional Autónoma de México, Instituto de Investigaciones Históricas and Fideicomiso Teixidor, 2011; Estudio introductorio, p. 151-295. · historicas.unam.mx
- Martínez Baracs, R. Review of Cantares mexicanos (ed. M. León-Portilla, 2011). Estudios de Cultura Náhuatl 45, 2013. · www.scielo.org.mx
- Lee, J. The Allure of Nezahualcoyotl: Pre-Hispanic History, Religion, and Nahua Poetics. Albuquerque, University of New Mexico Press, 2008. · www.unmpress.com
- Dirección General de Bibliotecas, Secretaría de Cultura (Mexico). "No acabarán mis flores, no cesarán mis cantos": poemas del Rey Poeta Nezahualcóyotl, texts after Garibay (Romances de los señores de la Nueva España) and León-Portilla (Cantares mexicanos), 2023. · dgb.cultura.gob.mx
- Mexicolore. Is this a Nezahualcoyotl poem? (with comments by John Bierhorst on Cantares mexicanos, folio 17r). · www.mexicolore.co.uk

