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RH-0118LittératureLanguesAsie

La mère de Won-i : une lettre à un mari dans sa tombe

Datation
1586
Lieu
Jeongsang-dong, Andong, province du Gyeongsang du Nord, Corée du Sud · Corée de Joseon, une famille de l'élite d'Andong (clan Yi de Goseong)
Coordonnées
36° 33′ N · 128° 43′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Une large feuille de papier clair et froissé, tachée et usée sur les bords, couverte de colonnes serrées de hangeul tracées au pinceau à l'encre noire ; les colonnes se lisent de droite à gauche, et, parvenue au bord gauche, l'autrice a tourné la feuille pour remplir la marge du haut de lignes plus petites écrites dans l'autre sens.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Letter of Won-i's mother to Yi Eung-tae, 1586, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

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Note de l'archiviste

Elle lui a écrit après sa mort. Son nom ne nous est pas parvenu ; on ne la connaît que comme la mère de Won-i, leur enfant. Son mari, Yi Eung-tae, était mort à trente et un ans, à Andong, en 1586, et elle attendait un autre enfant.

Elle n'écrivit pas dans le chinois classique des lettrés, mais en hangeul, l'alphabet de la langue parlée, avec les mots qu'elle aurait dits à voix haute. Tu me disais toujours, écrit-elle, que nous vivrions jusqu'à ce que nos cheveux blanchissent et que nous mourrions ensemble. Comment as-tu pu partir le premier ?

Elle lui demande comment chacun avait porté l'autre dans son cœur. Elle demande qui l'enfant qu'elle porte devra appeler père. Elle le prie de lire ce qu'elle a écrit, puis de venir la voir en rêve pour lui répondre. Arrivée au bord du papier, elle a tourné la feuille et continué dans la marge, parce qu'il n'y avait plus de place et qu'elle n'avait pas fini.

La lettre fut déposée dans sa tombe. Une paire de sandales aussi, tressée de chanvre et de ses propres cheveux.

Quatre cent douze ans plus tard, un chantier de lotissement atteignit la tombe, et le papier revint à la lumière.

Établi

  • Yi Eung-tae, du clan Yi de Goseong, à Andong, mourut en 1586 à trente et un ans selon le compte coréen de l'âge ; son épouse, dont le nom n'a pas été conservé, est connue par la lettre comme la mère de Won-i (Institut national d'histoire coréenne).
  • La lettre est écrite en hangeul, l'alphabet coréen, et datée de la maison, le premier jour du sixième mois lunaire de l'année byeongsul, soit 1586 ; elle est adressée « au père de Won-i » (Institut national d'histoire coréenne).
  • Elle y rappelle qu'il disait toujours qu'ils vivraient tous deux jusqu'à ce que leurs cheveux blanchissent, puis mourraient ensemble, lui demande de lire la lettre et de venir lui répondre en rêve, et demande qui l'enfant qu'elle porte devra appeler père (Institut national d'histoire coréenne, version en coréen moderne ; notre traduction).
  • La lettre a été trouvée le 24 avril 1998 par une équipe du musée de l'université nationale d'Andong, pendant des travaux à Jeongsang-dong, avec une cinquantaine de vêtements (Institut national d'histoire coréenne).
  • Les sépultures de ce type étaient scellées sous une couche dure, proche du béton, qui a préservé les matières organiques ; celle-ci a gardé des lettres adressées à Yi Eung-tae par ceux qui l'aimaient (Lee et al. 2009).
  • Une paire de mituri, des sandales tressées de chanvre et de cheveux d'une femme, reposait à la tête du défunt, enveloppée dans du hanji, le papier coréen (Encyclopédie de la culture d'Andong ; Bae 2023).

Interprétation

On pense que les sandales furent tressées pendant la maladie de Yi Eung-tae, comme un vœu de guérison, avant de devenir un adieu ; cette lecture s'appuie sur les traditions coréennes des chaussures de cheveux et sur le papier qui les enveloppait, et elle est argumentée plutôt que consignée (Institut national d'histoire coréenne ; Bae 2023). Les citations données ici traduisent une version en coréen moderne d'un texte du XVIe siècle, et d'autres traductions les formulent autrement. Les sources divergent sur son année de naissance, 1555 ou 1556. Les chercheurs lisent aussi dans les formes d'adresse intimes qu'elle emploie un signe de la place des femmes dans la maisonnée à cette époque.

Et demain

Sur quoi écrirons-nous le dernier message à quelqu'un que nous aimons, et pourra-t-on encore le lire dans mille ans ?

Sources (4)
  1. National Institute of Korean History (Guksa Pyeonchan Wiwonhoe). The hangeul letter of Yi Eung-tae's wife, in Korean history through primary sources (Saryo ro bon Hanguksa). · contents.history.go.kr
  2. Academy of Korean Studies and Andong City. Mituri excavated from the tomb of Yi Eung-tae, Encyclopedia of Andong Culture (Digital Andong Munhwa Daejeon). · andong.grandculture.net
  3. Lee, E.-J., Shin, D. H., Yang, H. Y., Spigelman, M., Yim, S. G. Eung Tae's tomb: a Joseon ancestor and the letters of those that loved him. Antiquity 83 (319), 2009, p. 145-156. · doi.org
  4. Bae, Y.-D. Cultural interpretation of the mituri made of hair by Won-i's mother in Korea (1586). Korean Folklore Studies (Minsokhak yeongu) 53, 2023, p. 121-151. · www.kci.go.kr

Image agrandie · RH-0118

Une large feuille de papier clair et froissé, tachée et usée sur les bords, couverte de colonnes serrées de hangeul tracées au pinceau à l'encre noire ; les colonnes se lisent de droite à gauche, et, parvenue au bord gauche, l'autrice a tourné la feuille pour remplir la marge du haut de lignes plus petites écrites dans l'autre sens.

Letter of Won-i's mother to Yi Eung-tae, 1586, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine