Les qanats de Perse : l'eau portée dans le noir
- Datation
- Lieu
- Gonabad, province du Khorassan-e Razavi, Iran · Villages et villes du plateau iranien, et leurs puisatiers de qanat (muqanni)
- Coordonnées
- 34° 17′ N · 58° 39′ E (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Intact

Tavasoli mohsen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-SA-4.0Notice d'origine
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Note de l'archiviste
L'homme descendait dans le puits avec une lampe. Au fond, l'air était lourd et humide, et l'eau lui courait autour des chevilles. Il entaillait la terre d'un pic court, remplissait un seau, et quelqu'un, là-haut, le hissait vers la lumière. Puis il avançait de quelques pas encore, dans le noir, vers un village qu'il ne voyait pas.
C'était le travail du muqanni, le puisatier de qanat, dans le pays sec de l'Iran. Il savait où l'eau dormait sous la pente d'un cône de graviers, jusqu'où devait descendre le puits mère, avec quelle douceur le tunnel devait s'incliner pour que l'eau marche sans courir. Cela ne s'apprenait pas dans les livres. Cela se transmettait, des anciens aux plus jeunes, de génération en génération.
En surface, on ne voyait qu'une ligne de cratères traversant le désert, chacun un puits où un homme était descendu. Au bout de la ligne, l'eau sortait au soleil, et il y avait un jardin, un moulin, un bain, un village qui pouvait rester.
Certains de ces tunnels portent l'eau depuis des siècles. Année après année, quelqu'un est redescendu dégager ce que la terre avait laissé tomber.
Établi
- Un qanat est un tunnel presque horizontal qui recueille l'eau souterraine d'un cône alluvial, où l'on creuse un puits mère jusqu'au niveau de la nappe, et la conduit par gravité, souvent sur de nombreux kilomètres, jusqu'aux champs ; des puits creusés à intervalles réguliers permettent d'évacuer les déblais et d'aérer, et vus d'en haut ils forment une ligne de cratères (UNESCO).
- Le qanat perse, onze qanats qui portent encore l'eau, a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 2016 ; le bien comprend des aires de repos pour les travailleurs des qanats, des réservoirs, des bains et des moulins à eau (UNESCO).
- Les niveaux, la pente et la longueur d'un qanat étaient calculés selon des méthodes traditionnelles, transmises depuis des siècles parmi les ouvriers expérimentés ; des conseils de qanat partagent encore l'eau entre les ayants droit (UNESCO).
- Les moqanni, les puisatiers de qanat, recevaient leurs commandes des communautés, des gouverneurs et des propriétaires, dirigeaient le creusement et entretenaient les ouvrages ; au Khorassan, ils siégeaient aux conseils de qanat, et pour les grosses réparations des centaines d'hommes des villages alentour venaient prêter la main (Salek 2019).
- Les qanats s'étaient répandus sur tout le plateau iranien au Ier millénaire av. è. c. ; l'historien Polybe, au IIe siècle av. è. c., rapporte que les souverains perses accordaient pour cinq générations la jouissance des terres à ceux qui amenaient l'eau dans les districts arides par des canaux souterrains (Salek 2019).
- Le muqanni travaillait dans l'eau qui courait autour de lui, dans un air rare et sous la menace constante d'un éboulement, avec un pic à lame large, une pelle et une petite lampe à huile (English 1968).
- Les puits mères atteignent souvent près de 100 mètres de profondeur ; le plus profond connu descend à environ 300 mètres (World History Encyclopedia).
Interprétation
On discute du lieu et de la date de l'invention du qanat : certains auteurs en placent les débuts sur le plateau central dès le IIIe millénaire av. è. c., d'autres au début du Ier millénaire av. è. c., et les âges avancés pour tel ou tel qanat, dont celui de Qasabeh à Gonabad, sont difficiles à vérifier. English (1968) voyait dans les puisatiers professionnels d'Iran les héritiers des esclaves et des captifs que les rois achéménides et sassanides mettaient à ce travail ; cette filiation est une hypothèse, non un fait attesté. L'orthographe du titre varie : muqanni, moqanni.
Et demain
Dans un siècle, l'eau courra peut-être encore dans ces tunnels, si les pompes alentour ne l'ont pas bue avant. Que creusons-nous aujourd'hui que nos arrière-petits-enfants devront encore entretenir ?
Sources (4)
- UNESCO World Heritage Centre. The Persian Qanat, property 1506, inscribed 2016, criteria (iii) and (iv): description and statement of outstanding universal value (consulted through the Internet Archive copy of 2024). · whc.unesco.org
- Salek, A. Rediscovering community participation in Persian qanats: an actor-network framework. European Journal of Creative Practices in Cities and Landscapes 2 (1), 2019, p. 153-172 (peer reviewed), doi 10.6092/issn.2612-0496/8674. · cpcl.unibo.it
- English, P. W. The origin and spread of qanats in the Old World. Proceedings of the American Philosophical Society 112 (3), 1968, p. 170-181.
- Vaughan, C. S. Qanat. World History Encyclopedia, 8 February 2021. · www.worldhistory.org


