L'os d'Ishango
- Datation
- Lieu
- Ishango, Virunga National Park, North Kivu, Democratic Republic of the Congo · Pêcheurs et cueilleurs de l'âge de la pierre récent d'Ishango, lac Édouard
- Coordonnées
- 0° 08′ S · 29° 36′ E (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Fragmentaire

JhowieNitnek, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-SA-4.0Notice d'origine
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Note de l'archiviste
Cette civilisation vivait au bord de l'eau. Sur la rive du lac Édouard, il y a quelque vingt mille ans, on pêchait, on cueillait, on façonnait des harpons en os. Un jour, quelqu'un prit un os mince, fixa un éclat de quartz à son bout, et se mit à entailler.
Les traits sont petits, voulus. Ils courent en trois colonnes le long de la tige, rassemblés par groupes, comme si la main s'était arrêtée entre chaque série avant de reprendre. Quelqu'un tenait un compte : une quantité, une suite, des jours peut-être. Nous ne savons pas lequel. L'ordre des groupes paraît délibéré, et c'est presque tout ce que l'on peut affirmer.
L'os fut sorti de terre en 1950 par un géologue belge, dans un Congo alors colonie de la Belgique, puis emporté à Bruxelles, où il se trouve toujours. Il n'est guère plus long qu'un doigt. On l'a appelé le premier objet mathématique ; on l'a aussi accablé de plus de sens qu'il n'en peut porter. Les deux sont peut-être vrais.
Ce qu'il prouve est plus simple. Bien avant l'écriture, au cœur de l'Afrique, une personne a voulu qu'un nombre dure plus longtemps que sa mémoire, et l'a confié à un os.
Établi
- L'os a été trouvé en 1950 lors des fouilles menées par le géologue Jean de Heinzelin sur la rive congolaise du lac Édouard, près d'Ishango (Institut royal des sciences naturelles de Belgique).
- Il mesure environ 10 cm et porte à son extrémité un fragment de quartz (Institut royal des sciences naturelles de Belgique).
- Ses entailles, taillées par groupes le long de la tige, se répartissent en trois colonnes (Institut royal des sciences naturelles de Belgique ; Pletser 2012).
- D'abord attribués au début de l'Holocène, les niveaux d'Ishango ont été vieillis et placés à la fin du Pléistocène (Brooks et Smith 1987), et l'institut leur donne près de 20 000 ans.
- L'activité volcanique de la région complique la datation au radiocarbone du site ; l'âge reste une estimation (Brooks et Smith 1987).
Interprétation
Le sens des entailles reste inconnu. Une colonne réunit 11, 13, 17 et 19 traits, que certains lisent comme les nombres premiers compris entre 10 et 20 ; d'autres y voient un calendrier lunaire, un simple décompte ou un outil de calcul en base 12 (Pletser 2012). Des critiques, comme Olivier Keller, mettent en garde contre la tentation de prêter notre arithmétique à un seul os gravé. L'animal dont provient l'os ne peut plus être identifié avec certitude.
Dans 10 000 ans
Dans 10 000 ans, saura-t-on encore lesquelles de nos marques servaient à compter ?
Sources (4)
- Institute of Natural Sciences (Royal Belgian Institute of Natural Sciences), Brussels. The Ishango bone, exhibition 250 years of natural sciences, online notice. · www.naturalsciences.be
- Brooks, A. S., Smith, C. C. Ishango revisited: new age determinations and cultural interpretations. African Archaeological Review 5, 1987, p. 65-78. · link.springer.com
- Pletser, V. Does the Ishango bone indicate knowledge of the base 12? An interpretation of a prehistoric discovery, the first mathematical tool of humankind. arXiv:1204.1019, 2012. · arxiv.org
- Keller, O. The fables of Ishango, or the irresistible temptation of mathematical fiction. Bibnum, 2010.

