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La drogue de feu : les premières formules écrites de la poudre

Avant, on portait le feu à la guerre sous forme d'huile, de poix ou de naphte enflammés ; après ces recettes, un mélange dont le salpêtre nourrissait sa propre flamme put brûler, éclater et propulser, et au cours des siècles suivants il transforma les fortifications, les armées et les États, puis les mines et la construction des routes.

Datation
1044 de l'ère commune
Lieu
Kaifeng, Henan, Chine · Lettrés et fonctionnaires de la cour des Song du Nord, dont Zeng Gongliang et Ding Du, compilant un manuel militaire pour l'empereur Renzong ; avant eux, les alchimistes taoïstes de la Chine des Tang et des Cinq Dynasties
Coordonnées
34° 48′ N · 114° 19′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Fragmentaire
Une page d'un livre chinois à l'encre noire sur fond blanc, réglée en colonnes verticales de grands caractères réguliers qui se lisent de haut en bas et de droite à gauche, avec le titre de l'ouvrage et un numéro de page dans l'étroite colonne de marge. Vers la gauche de la page, au milieu d'une colonne, commence l'article intitulé méthode de la drogue de feu : soufre, une livre quatre onces ; salpêtre, deux livres et demie ; poudre de charbon grossière, cinq onces ; suivent la poix, la laque sèche et d'autres ingrédients.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Wujing zongyao (1044), later edition, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

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Note de l'archiviste

C'est écrit comme une recette. Soufre, une livre quatre onces. Salpêtre, deux livres et demie. Charbon grossier, cinq onces. Puis poix, laque sèche, cire, huiles, chacun pesé, pilé, mélangé, et enveloppé de papier.

La cour des Song, qui régnait sur une grande partie de la Chine depuis sa capitale de Kaifeng, avait ordonné à ses lettrés de consigner tout ce qu'une armée devait savoir. En 1044, ils achevèrent leur tâche. Parmi les machines de siège et les formations de combat, ils décrivirent une poudre qu'ils appelaient drogue de feu, à attacher aux flèches ou à tasser dans des boules lancées par-dessus les murailles.

Elle n'était pas nouvelle pour eux. Depuis des générations, les alchimistes se mettaient en garde : certains mélanges s'enflammaient sans prévenir, brûlant les mains, les visages et parfois des maisons entières.

La page conservée ici provient d'une copie plus tardive ; le livre des Song lui-même fut perdu à la chute de la capitale. La recette voyagea sans lui, vers l'ouest à travers l'Asie, jusqu'en Europe. Dans les siècles suivants, cette civilisation apprit à se servir de la même poudre pour faire sauter la roche, ouvrir des mines et emplir le ciel de lumière lors des fêtes. Elle continua de s'en servir pour tuer.

Établi

  • Le Wujing zongyao, Recueil des techniques militaires les plus importantes, fut compilé sur ordre de l'empereur Song Renzong sous la direction de Zeng Gongliang et Ding Du et achevé en 1044 ; il consigne les plus anciennes formules écrites connues de la poudre (Columbia University, Asia for Educators ; Needham 1986).
  • Ses recettes de drogue de feu mêlent salpêtre, soufre et charbon à d'autres ingrédients comme la poix, la laque sèche, la cire et des huiles ; dans la recette reproduite, le salpêtre représente environ la moitié du poids (Needham 1986).
  • Le manuel décrit surtout un usage incendiaire de la poudre : des sachets enveloppés de papier ou de bambou attachés à des flèches, et des bombes lancées par catapulte (Columbia University, Asia for Educators).
  • Plus tôt, un texte alchimique taoïste, le Zhenyuan miaodao yaolüe, daté d'ordinaire du IXe ou du Xe siècle, avertissait que certains, pour avoir chauffé du soufre, du réalgar et du salpêtre avec du miel, s'étaient brûlé les mains et le visage, et avaient même incendié leur maison (Needham 1986).
  • L'original des Song fut perdu lors de la prise de Kaifeng par les Jurchen, en 1126 et 1127 ; la plus ancienne édition complète conservée fut imprimée en 1510 (Needham 1986 ; ChinaKnowledge.de).
  • Des armes à poudre furent employées par les armées Song, Jin et mongoles au XIIIe siècle ; des recettes apparaissent dans des écrits arabes et latins dans la seconde moitié de ce siècle, et les plus anciennes images connues d'un canon en Europe datent de 1326 (Columbia University, Asia for Educators ; Andrade 2016).

Interprétation

L'idée que la poudre fut découverte par des alchimistes en quête d'un élixir de longue vie repose sur quelques mises en garde de leurs textes, dont la datation est incertaine. La manière dont ce savoir atteignit le monde islamique et l'Europe, par les conquêtes mongoles, par le commerce ou par plusieurs voies, n'est pas tranchée, et quelques historiens ont jadis défendu une invention indépendante. Les historiens discutent aussi de la part que les armes à poudre prirent dans l'essor ultérieur de certains États et empires au détriment d'autres.

Dans 10 000 ans

Dans 10 000 ans, se souviendra-t-on de cette civilisation pour ce qu'elle fit faire au feu dans la fête, ou dans la guerre ?

Sources (4)
  1. Needham, J., with Ho Ping-Yü, Lu Gwei-Djen, Wang Ling. Science and Civilisation in China, vol. 5, part 7: Military Technology, the Gunpowder Epic. Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
  2. Andrade, T. The Gunpowder Age: China, Military Innovation, and the Rise of the West in World History. Princeton, Princeton University Press, 2016.
  3. Columbia University, Asia for Educators. Gunpowder, in The Song dynasty in China (960 to 1279). · afe.easia.columbia.edu
  4. Theobald, U. Wujing zongyao. ChinaKnowledge.de, an encyclopaedia on Chinese history, literature and art. · www.chinaknowledge.de

Image agrandie · RH-0108

Une page d'un livre chinois à l'encre noire sur fond blanc, réglée en colonnes verticales de grands caractères réguliers qui se lisent de haut en bas et de droite à gauche, avec le titre de l'ouvrage et un numéro de page dans l'étroite colonne de marge. Vers la gauche de la page, au milieu d'une colonne, commence l'article intitulé méthode de la drogue de feu : soufre, une livre quatre onces ; salpêtre, deux livres et demie ; poudre de charbon grossière, cinq onces ; suivent la poix, la laque sèche et d'autres ingrédients.

Wujing zongyao (1044), later edition, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine