Aller au contenu
Stela
FREN

Salles

Nous avons bâti INous avons découvert IINous avons imaginé IIINous avons changé le monde IVCe que nous avons perdu VCe que nous laissons VI

Explorer

FriseCarteParcoursChercher dans l'archive

Langue

English

Réglages

RH-0127ReligionsArtAfrique

Ère ìbejì : une figure pour un jumeau disparu

Datation
de 1875 à 1925
Lieu
Sud-ouest du Nigeria · Familles, sculpteurs et devins yorùbá du sud-ouest du Nigeria
Coordonnées
7° 24′ N · 3° 54′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact

Ce fragment montre un objet tenu pour sacré.

Il est montré ici tel que le présente l'institution qui le conserve. Des communautés qui lui sont liées demandent qu'on le regarde avec égard. Vous pouvez choisir de voir l'image, ou lire la notice sans elle.

Continuer sans elle
Une petite figure de bois debout sur un socle rond, photographiée sur fond gris : un adulte à la haute coiffure en crête, au visage étroit dont les yeux, le nez et la bouche sont usés jusqu'à être presque lisses. Le corps sombre et poli montre des plages claires là où la surface s'est effacée. Il porte un collier de perles rouges, des anneaux de métal empilés sur les deux bras et une ceinture de perles, et de longs rangs de cauris blancs tombent de sa taille jusqu'au sol, de chaque côté.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Image voilée par défaut

The Cleveland Museum of Art, Gift of Kim Sherwin, 2016.9, CC0CC0-1.0Notice d'origine

L'économie de données est activée. Les images ne se chargent qu'à votre demande. Vous pouvez changer ce choix à tout moment dans les réglages.

Note de l'archiviste

Quand un jumeau mourait, chez les Yorùbá, la famille consultait un devin, et l'on demandait à un sculpteur une figure assez petite pour tenir au creux de la main. Il ne sculptait pas un nourrisson. Il sculptait un adulte, debout, coiffé d'une haute crête, une personne dans la plénitude d'une vie que l'enfant n'aurait pas.

Pour ceux qui l'avaient commandée, la figure n'était ni un portrait ni un jouet. On pensait que les jumeaux partageaient une seule âme, et qu'un jumeau resté seul était en danger. La figure tenait la place de celui qui était parti. Alors la mère la ramenait à la maison et en prenait soin comme d'un bébé. Elle la lavait, la frottait de bois rouge, lui portait la nourriture aux lèvres, la parait de perles et de cauris. Les jours de fête, elle dansait avec elle, dans ses mains ou glissée dans le pagne noué à sa taille.

Celle-ci, aujourd'hui dans un musée de Cleveland, garde la trace de ces soins. Son visage est usé, lisse. Les yeux, le nez, la bouche se sont adoucis sous des années de lavages et de repas, sous des doigts passés et repassés.

Rien ne garde le nom de l'enfant. Ce qui reste, c'est un chagrin qui avait trouvé quoi faire de ses mains.

Établi

  • Figure de jumeau (ère ìbejì) en bois, avec alliage cuivreux, alliage ferreux, plomb, perles de verre, cauris, ficelle et pigment, haute de 25,6 cm, réalisée entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe ; Cleveland Museum of Art, 2016.9 (Cleveland Museum of Art).
  • Les Yorùbá du sud-ouest du Nigeria présentent le plus fort taux connu de naissances de jumeaux dizygotes au monde, 4,4 % des accouchements, et ces grossesses comportent un risque élevé de mort autour de la naissance (Leroy et al. 2002).
  • On tient que les jumeaux partagent une seule âme. Quand un jumeau nouveau-né meurt, on consulte un devin, puis l'on commande à un sculpteur une figure qui tient lieu de l'âme du jumeau disparu ; on en fait deux si les deux meurent (Leroy et al. 2002).
  • Les figures sont symboliquement lavées, nourries et vêtues, par les parents puis par le jumeau survivant ; beaucoup portent une croûte de poudre de bois rouge (camwood) et un visage lissé par l'usage rituel (Leroy et al. 2002).
  • Lors de fêtes annuelles, les mères de jumeaux dansent avec les figures, tenues au creux des mains ou glissées dans le pagne noué à leur taille (Bandama 2022 ; Spencer Museum of Art).
  • Le musée de Cleveland lit l'usure des traits de cette figure comme la trace de ces lavages et de ces repas (Cleveland Museum of Art).
  • Aujourd'hui, des photographies et des poupées de plastique remplacent souvent les figures sculptées (Spencer Museum of Art).

Interprétation

Le mot ère est généralement rendu par « image sacrée ». Les récits divergent sur la manière de comprendre la figure, demeure de l'âme du jumeau mort, substitut ou mémorial, et la pratique varie selon les régions, les familles et les religions ; la plupart des descriptions publiées sont l'œuvre d'observateurs extérieurs. Les figures représentent des adultes dans la force de l'âge et non des nourrissons, ce qu'on lit d'ordinaire comme le don à l'enfant de la vie pleine qu'il n'a pas eue. Pour cette figure, ni le sculpteur, ni la ville, ni l'enfant qu'elle représentait, ni les circonstances dans lesquelles elle a quitté sa famille ne sont connus.

Et demain

Dans cent ans, que tiendra une mère pour l'enfant qu'elle a perdu : une photographie, une voix enregistrée, un visage recomposé par une machine ?

Sources (4)
  1. The Cleveland Museum of Art. Twin Figure (Ère Ìbejì), late 1800s to early 1900s, Yorùbá-style maker, Nigeria, 2016.9, gift of Kim Sherwin (catalogue entry and open access record). · clevelandart.org
  2. Leroy, F., Olaleye-Oruene, T., Koeppen-Schomerus, G., Bryan, E. Yoruba customs and beliefs pertaining to twins. Twin Research 5 (2), 2002, p. 132-136. · doi.org
  3. Bandama, F. The Yorùbá ere ibeji: reincarnation of twins. In Williams, P. R., Feinman, G. M., Muro Ynoñán, L. (eds), Beyond Death: Beliefs, Practice, and Material Expression. Oxford, BAR Publishing, 2022, p. 57. · doi.org
  4. Spencer Museum of Art, University of Kansas. Ere ibeji (twin figure), collection record and label texts. · spencerart.ku.edu

Image agrandie · RH-0127

Une petite figure de bois debout sur un socle rond, photographiée sur fond gris : un adulte à la haute coiffure en crête, au visage étroit dont les yeux, le nez et la bouche sont usés jusqu'à être presque lisses. Le corps sombre et poli montre des plages claires là où la surface s'est effacée. Il porte un collier de perles rouges, des anneaux de métal empilés sur les deux bras et une ceinture de perles, et de longs rangs de cauris blancs tombent de sa taille jusqu'au sol, de chaque côté.

The Cleveland Museum of Art, Gift of Kim Sherwin, 2016.9, CC0CC0-1.0Notice d'origine