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RH-0129ArtLanguesAfrique

Adwinasa : le kente d'un tisserand qui avait épuisé tous les motifs

Datation
de 1800 à 2019
Lieu
Bonwire, région Ashanti, Ghana · Tisserands asante de Bonwire et d'Adanwomase, Ghana
Coordonnées
6° 47′ N · 1° 29′ W (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Un jeune homme torse nu, assis à un métier de bois sous un abri de perches brutes et de tôle ondulée, les yeux sur ses mains. Devant lui, une bande d'étoffe étroite, pas plus large que sa paume, prend forme en zigzags jaunes, verts, violets et rouges ; des centaines de fils tendus, jaunes, verts et violets, en partent vers le fond du métier en traversant des lices de ficelle suspendues au cadre, et une navette jaune repose sur le tissu tendu en travers de ses genoux. L'un de ses pieds nus apparaît au bas du cadre.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Sadads, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-SA-4.0Notice d'origine

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Note de l'archiviste

À Bonwire, près de Kumasi, des hommes assis à des métiers étroits tissaient une étoffe pas plus large qu'une main. Les pieds actionnaient les lices, les mains lançaient la navette, et une bande de couleur avançait lentement vers le tisserand. Ce n'est qu'ensuite qu'on cousait les bandes bord à bord, pour que les motifs se rejoignent et deviennent une étoffe.

Chaque étoffe avait un nom, et ce nom était souvent une phrase. L'une s'appelait Emaa da : cela n'est jamais arrivé. Une autre, Abusua ye dom : la famille est une force. Une étoffe pouvait louer, mettre en garde, rappeler un roi ou un mariage. On portait sur soi ce qu'on voulait dire. Certains tisserands affirmaient que les noms leur venaient en rêve.

Les tisserands gardaient l'histoire de l'un des leurs. Pour plaire au roi asante, il réunit dans une seule étoffe tous les motifs que connaissaient les tisserands de son temps, tous, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un à ajouter. L'étoffe s'appela Adwinasa : tous les motifs sont épuisés.

C'est une étrange manière de se vanter, et profondément humaine : donner tout ce que l'on sait, puis le dire. Dans cette civilisation, un homme pouvait tisser sa fierté dans une pièce d'étoffe, et l'étoffe continuait de la dire longtemps après que son nom eut été oublié.

Établi

  • Le kente asante se tisse en longues bandes étroites, de soie et de coton, sur un métier de fabrication locale appelé nsadua Kofi ; les bandes sont ensuite cousues bord à bord pour former une étoffe (Ayesu et al. 2021).
  • Les bandes mesurent environ 7,5 cm de large et sont tissées par des hommes ; les fils de soie aux couleurs vives étaient autrefois tirés d'étoffes importées d'Europe, puis mêlés au coton (Horniman Museum).
  • Bonwire, près de Kumasi, est présenté comme le berceau des tisserands de kente ; Bonwire et Adanwomase restent les principaux centres de tissage asante (Horniman Museum ; Ayesu et al. 2021).
  • Chaque étoffe porte un nom et un sens, et ses motifs ont leurs propres noms. Ces noms viennent d'événements historiques, de proverbes, des actes de certaines personnes, du comportement des animaux ou de maximes ; ils sont donnés surtout par les tisserands, qui disent que certains leur viennent en rêve (Ayesu et al. 2021 ; Victoria and Albert Museum).
  • Adwinasa signifie que tous les motifs ont été employés : selon les tisserands, l'un d'eux, voulant plaire à l'Asantehene, le roi asante, mit dans une seule étoffe tous les motifs alors connus, et elle fut longtemps réservée aux rois et aux personnes de haut rang (Ayesu et al. 2021).
  • Parmi les autres noms recueillis auprès de maîtres tisserands : Emaa da, « cela n'est jamais arrivé » ; Abusua ye dom, « la famille est une force » ; Obaakofo mmu man, « un seul ne gouverne pas une nation », d'abord appelé Fathia fata Nkrumah, « Fathia est digne d'être l'épouse de Nkrumah » (Ayesu et al. 2021 ; notre traduction).
  • Un kente d'homme en coton et en soie, fait à Kumasi au XIXe siècle, est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (1972.56.1).

Interprétation

Les sens donnés ici ont été recueillis en 2021 auprès de six maîtres tisserands et notables de Bonwire et d'Adanwomase ; ils relèvent de la tradition orale, et d'autres récits les formulent autrement (adwinasa est aussi rendu par « plénitude de l'ornement » ou « mon savoir-faire est épuisé », et s'écrit adweneasa ou adwini asa). L'histoire du tisserand qui épuisa tous les motifs est une tradition, non un événement daté, et son nom n'a pas été conservé. Les origines du tissage du kente sont racontées par plusieurs traditions et ne sont pas datées avec certitude ; les Ewe tissent aussi un kente qui leur est propre, d'un autre style (Ayesu et al. 2021). Les noms des étoffes changent aussi : Obaakofo mmu man semble avoir pris son nom actuel après le renversement de Kwame Nkrumah.

Et demain

Dans mille ans, se souviendra-t-on qu'une étoffe pouvait porter une phrase, et qu'on la lisait d'un bout à l'autre d'une cour ?

Sources (4)
  1. Ayesu, S. M., Anokye, D., Fobiri, G. K., Acquaye, R., Godomey, B. Aesthetic and Philosophical Meanings of Indigenous Asante Kente. Textile & Leather Review 4 (4), 2021, p. 267-281. · doi.org
  2. Horniman Museum and Gardens. Kente cloth, Asante, HC.1999.273, collection record. · www.horniman.ac.uk
  3. The Metropolitan Museum of Art. Man's kente (prestige cloth), Asante-Akan peoples, Kumasi, 19th century, 1972.56.1, open access record. · collectionapi.metmuseum.org
  4. Victoria and Albert Museum. Kente cloth, O263818, collection record (summary description). · api.vam.ac.uk

Image agrandie · RH-0129

Un jeune homme torse nu, assis à un métier de bois sous un abri de perches brutes et de tôle ondulée, les yeux sur ses mains. Devant lui, une bande d'étoffe étroite, pas plus large que sa paume, prend forme en zigzags jaunes, verts, violets et rouges ; des centaines de fils tendus, jaunes, verts et violets, en partent vers le fond du métier en traversant des lices de ficelle suspendues au cadre, et une navette jaune repose sur le tissu tendu en travers de ses genoux. L'un de ses pieds nus apparaît au bas du cadre.

Sadads, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-SA-4.0Notice d'origine