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RH-0134PhilosophiesOcéanie

La kula : posséder, c'est donner

Datation
de 1915 à 1918
Lieu
Îles Trobriand, province de Milne Bay, Papouasie-Nouvelle-Guinée · Partenaires de la kula des îles Trobriand et des archipels du Massim, Papouasie-Nouvelle-Guinée
Coordonnées
8° 33′ S · 151° 04′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Une photographie en noir et blanc de quatre bracelets taillés dans de grands cônes blancs, deux sur une étagère haute et deux en dessous, chacun un anneau épais et lisse au bord ouvert et chevauchant, marqué d'une colonne de petits points sombres ; deux d'entre eux portent des grappes pendantes de petits coquillages ou de graines nouées à une cordelette. C'est la planche XVI des Argonautes du Pacifique occidental de Malinowski, 1922.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Bronisław Malinowski, Argonauts of the Western Pacific (1922), plate XVI, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

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Note de l'archiviste

Dans les îles à l'est de la Nouvelle-Guinée, un homme pouvait garder un bracelet de coquillage blanc un an, deux peut-être. Il ne le portait guère. Il le regardait, le prenait dans ses mains, racontait comment il lui était venu et réfléchissait à qui il le donnerait ensuite. Puis il le donnait.

Les bracelets faisaient le tour d'un vaste cercle d'îles dans un sens, les colliers rouges dans l'autre, portés en pirogue d'un partenaire à un autre, et plus loin encore. Un partenariat, une fois noué, durait toute la vie. Les plus beaux coquillages avaient un nom et une histoire, et quand l'un d'eux arrivait dans un village, on ne parlait plus que de lui. Garder trop longtemps un objet, c'était passer pour avare. Donner, c'était être grand.

Ce qu'un homme possédait, alors, c'était une histoire : par où le coquillage était passé, et qui le lui avait confié pour un temps.

Quand quelqu'un se mourait, ses parents apportaient leurs objets précieux et les posaient sur lui. Sur son front, sur sa poitrine ; ils lui en frottaient les côtes, les lui tenaient devant le visage. Ensuite, ils les reprenaient. Un anthropologue qui l'a vu il y a un siècle disait qu'ils le faisaient pendant des heures.

Les coquillages circulent encore. Certains échanges commencent aujourd'hui par un coup de téléphone.

Établi

  • Dans la kula, deux sortes d'objets de coquillage font le tour d'un vaste cercle d'îles en sens contraire : de longs colliers de disques de coquillage rouge (soulava) dans le sens des aiguilles d'une montre, des bracelets de coquillage blanc (mwali) dans l'autre, chacun échangé contre l'autre entre partenaires (Malinowski 1922).
  • Un partenariat de kula dure toute la vie. Personne ne garde longtemps un objet : on le tient peut-être un an ou deux, et le garder davantage vaut le reproche d'avarice ; un objet met de deux à dix ans environ à faire le tour (Malinowski 1922).
  • Chaque bracelet et chaque collier de premier rang porte un nom propre et a son histoire, et son arrivée dans un district fait sensation (Malinowski 1922).
  • Malinowski écrit que « posséder, c'est donner » : qui possède une chose doit la partager, et la mesquinerie est le plus méprisé des vices (Malinowski 1922).
  • On entourait et on couvrait un mourant d'objets précieux prêtés par ses parents, qui les lui posaient sur le front et la poitrine, lui en frottaient le ventre et les côtes et les lui tenaient devant le visage ; les prêts étaient repris ensuite (Malinowski 1922).
  • La kula était toujours pratiquée en 2012 ; depuis 2010, le téléphone portable permet aux partenaires de se parler sans voyager, et des femmes y prennent désormais une part active (Kuehling 2012).

Interprétation

Le « cercle » de Malinowski a été revu : les anthropologues qui l'ont suivi décrivent un réseau régional de chemins (keda) entre des îles aux hiérarchies et aux styles d'échange différents, et le langage sexué des coquillages se lit aujourd'hui comme une rhétorique de la confiance entre partenaires plutôt que comme une propriété fixe des objets (Kuehling 2012). L'ancienneté de la kula reste incertaine. Malinowski a décrit le versant trobriandais de l'échange en observateur extérieur, et son livre emploie le vocabulaire colonial de 1922.

Et demain

Dans dix mille ans, se souviendra-t-on que certains d'entre nous mesuraient la richesse à ce qu'ils avaient donné ?

Sources (3)
  1. Malinowski, B. Argonauts of the Western Pacific: An Account of Native Enterprise and Adventure in the Archipelagoes of Melanesian New Guinea. London, George Routledge and Sons, 1922 (Project Gutenberg ebook 55822). · www.gutenberg.org
  2. Kuehling, S. They spear, hit again, bite, get engaged and sometimes marry: revisiting the gendering of kula shells. Anthropologica 54, 2012, p. 319-332. · cas-sca.journals.uvic.ca
  3. Pitt Rivers Museum, University of Oxford. Shell armlet (mwali), Papua New Guinea, 1933.40.18 (object record). · web.prm.ox.ac.uk

Image agrandie · RH-0134

Une photographie en noir et blanc de quatre bracelets taillés dans de grands cônes blancs, deux sur une étagère haute et deux en dessous, chacun un anneau épais et lisse au bord ouvert et chevauchant, marqué d'une colonne de petits points sombres ; deux d'entre eux portent des grappes pendantes de petits coquillages ou de graines nouées à une cordelette. C'est la planche XVI des Argonautes du Pacifique occidental de Malinowski, 1922.

Bronisław Malinowski, Argonauts of the Western Pacific (1922), plate XVI, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine