Afonso du Kongo : « notre pays se dépeuple entièrement »
- Datation
- Lieu
- Mbanza Kongo, province du Zaïre, Angola · Royaume du Kongo, la cour d'Afonso Ier (Mvemba a Nzinga) à Mbanza Kongo
- Coordonnées
- 6° 16′ S · 14° 15′ E (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Intact

Thomas Astley, A New General Collection of Voyages and Travels (London, 1745), after Dapper, public domain, via Wikimedia Commons (New York Public Library)PDMNotice d'origine
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Note de l'archiviste
En juillet 1526, le roi du Kongo fit écrire une lettre au roi de Portugal. Il s'appelait Mvemba a Nzinga ; on l'avait baptisé Afonso. Il avait accueilli les Portugais, leurs prêtres et leur commerce. Désormais, il écrivait comme un homme qui voit quelque chose lui glisser entre les mains.
Les marchands, disait-il, s'étaient répandus dans ses royaumes avec des marchandises qu'il avait interdites, et ses propres vassaux ne lui obéissaient plus. C'était grave. La suite l'était davantage. Chaque jour, écrivait-il, on saisissait des gens pour les vendre aux Blancs : des hommes libres, des fils de nobles, des membres de sa propre famille, certains amenés de nuit pour que personne ne les reconnaisse. Les voleurs le faisaient pour les objets et les marchandises du Portugal. Notre pays, écrivait-il, se dépeuple entièrement.
Il demandait très peu : quelques prêtres, quelques maîtres pour les écoles, du vin et de la farine pour la messe. Et il demandait qu'on n'envoie plus de marchands, parce que sa volonté était qu'il n'y ait plus de commerce d'esclaves dans ses royaumes.
La traite ne s'est pas arrêtée. Il reste la voix d'un roi qui avait vu venir ce qui arrivait, l'avait fait écrire, et n'a pas été entendu.
Établi
- Mvemba a Nzinga, baptisé Afonso, régna sur le Kongo sous le nom d'Afonso Ier ; il accueillit les missionnaires et le commerce portugais, puis écrivit en 1526 au roi Jean III de Portugal pour limiter et encadrer ce commerce (Dunn et Willoughby, d'après Thornton 2023).
- Dans la lettre datée du 6 juillet 1526, il se plaint que les marchands admis dans ses royaumes y ouvrent des boutiques de marchandises qu'il a interdites, si bien que des vassaux qui lui obéissaient ne lui obéissent plus (1619 Education, traduction Davidson ; Thornton 2023).
- Il écrit que les marchands emmènent chaque jour « nos gens, fils du pays, et les fils de nos nobles et vassaux, et nos parents », saisis par des voleurs avides des marchandises du Portugal, parfois amenés de nuit pour n'être pas reconnus, et que « notre pays se dépeuple entièrement » (1619 Education, traduction Davidson ; notre traduction de l'anglais).
- Il ne demande au Portugal que quelques prêtres, quelques personnes pour enseigner dans les écoles, du vin et de la farine pour le sacrement, et déclare que « notre volonté est qu'il n'y ait dans ces royaumes aucun commerce d'esclaves ni aucun débouché pour eux » (1619 Education, traduction Davidson ; Religion and Slavery ; notre traduction de l'anglais).
- Dans la traduction de John Thornton parue en 2023, la même phrase devient : « our homeland is becoming completely depopulated » (Thornton 2023, p. 203).
- La lettre se termine ainsi : « En notre ville du Congo, écrit le sixième jour de juillet. João Teixeira l'a fait en 1526. Le Roi. Dom Affonso. » (Religion and Slavery, même traduction ; notre traduction de l'anglais)
- Les rois du Kongo distinguaient d'abord les captifs nés à l'étranger, qu'on pouvait réduire en esclavage et vendre à la traite atlantique, des Kongo nés libres, en grande partie protégés ; leurs successeurs cessèrent de respecter cette distinction (Heywood 2009).
Interprétation
Les lettres d'Afonso sont souvent lues comme une protestation contre la traite en tant que telle. Des historiens comme Linda Heywood et John Thornton en font une lecture plus étroite : le roi s'opposait à la capture de Kongo libres et à des marchands qui échappaient au contrôle royal, alors que le Kongo lui-même possédait des esclaves et vendait des captifs étrangers. En 1981, Thornton qualifiait de mythe à réexaminer le récit familier d'un Kongo rapidement subverti par les Portugais. La lettre fut écrite en portugais par un secrétaire, au nom du roi ; ses mots ne sont donc pas forcément ceux d'Afonso lui-même. Les citations proviennent d'une traduction anglaise publiée pour la première fois dans les années 1960 et généralement attribuée à Basil Davidson ; la traduction de Thornton formule autrement les mêmes passages, et les versions françaises données ici sont les nôtres.
Et demain
Dans un siècle, lesquelles de nos lettres de protestation seront encore lues, et par qui, et sera-t-il trop tard pour ceux au nom de qui nous les avons écrites ?
Sources (6)
- Thornton, J. K. Afonso I Mvemba a Nzinga, King of Kongo: His Life and Correspondence. Indianapolis and Cambridge, Hackett, 2023, p. 203 (translation of the letter; consulted through the excerpt reproduced in Dunn and Willoughby 2026).
- Dunn, R. E., Willoughby, U. E. Panorama: A World History, vol. 2, Source 3.1: Letter from King Afonso I of Kongo (Nzinga Mbemba) to King João III of Portugal (1526), excerpt from Thornton 2023. · res.cloudinary.com
- Heywood, L. M. Slavery and its Transformation in the Kingdom of Kongo: 1491-1800. The Journal of African History 50 (1), 2009, p. 1-22. · doi.org
- Thornton, J. K. Early Kongo-Portuguese Relations: A New Interpretation. History in Africa 8, 1981, p. 183-204. · doi.org
- 1619 Education. King Afonso I, Letter to King John III of Portugal (1526), classroom reprint of the English translation usually credited to Basil Davidson, The African Past (1964). · 1619education.org
- Religion and Slavery project. Primary source: Afonso I to Portugal (1526). · religionandslavery.org


