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RH-0145LittératureLanguesEurope

Les murs de Pompéi : des amours, des insultes et une liste de courses

Datation
avant 79 de l'ère commune
Lieu
Site archéologique de Pompéi, Campanie, Italie · Habitants et passants de Pompéi, ville romaine de Campanie
Coordonnées
40° 45′ N · 14° 29′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Fragmentaire
Le relevé noir sur blanc d'un graffito latin : deux lignes de capitales fines et anguleuses, tracées vite et de façon inégale, certaines liées, d'autres barrées de traits égarés. En dessous, une légende imprimée donne la référence CIL IV 2487 et le texte en capitales régulières : ADMIROR TE PARIES NON CECIDISSE QVI TOT SCRIPTORVM TAEDIA SVSTINEAS.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Fer.filol, tracing of CIL IV 2487, public domain (PD-self), via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

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Note de l'archiviste

Quelqu'un s'est arrêté devant un mur de la basilique de Pompéi et a gravé un petit vers dans l'enduit : je m'étonne, ô mur, que tu ne sois pas tombé en ruine, toi qui supportes l'ennui de tant d'écrivains. La plaisanterie était bonne. On retrouve les mêmes mots au théâtre.

Le mur avait de quoi être las. Dans toute la ville, on y écrivait ce qu'on ne pouvait garder pour soi. Sur la façade d'une maison, dans une rue de traverse, quelqu'un a écrit que Successus le tisserand aimait Iris, servante à l'auberge, qui se moquait bien de lui, et qu'il la suppliait d'avoir pitié. Signé : un rival. En dessous, une autre voix a répondu : envieux.

Près d'une porte, deux hôtes se sont excusés en vers auprès de leur logeur : ils avaient mouillé le lit, expliquaient-ils, faute de pot de chambre. Dans la maison de Caecilius Iucundus, quelqu'un a souhaité du bien à tous ceux qui aiment, et deux fois la mort à qui l'interdit. Sur un autre mur : du pain, un petit chou, de la bette, de la moutarde, de la menthe, du sel.

Rien de tout cela n'était écrit pour durer. Cela a duré parce que la cendre est venue recouvrir les murs, avec chaque mot encore dessus.

Établi

  • Gravé dans la basilique (VIII.1.1) : « Admiror, o paries, te non cecidisse ruinis, qui tot scriptorum taedia sustineas », je m'étonne, ô mur, que tu ne sois pas tombé en ruine, toi qui supportes l'ennui de tant d'écrivains (CIL IV 1904). Le même vers se retrouve au Grand Théâtre (CIL IV 2461) et encore en CIL IV 2487 (Ancient Graffiti Project ; notre traduction).
  • Sur la façade de I.10.3 : « Successus textor amat coponiaes ancilla(m) nomine Hiredem quae quidem illum non curat. Sed ille rogat illa comiseretur. Scribit rivalis. Vale. » Successus le tisserand aime la servante de l'aubergiste, nommée Iris, qui ne se soucie pas du tout de lui ; mais il la supplie d'avoir pitié de lui. C'est un rival qui écrit. Adieu (CIL IV 8259 ; Ancient Graffiti Project ; notre traduction).
  • Deux lignes de plus, d'une main semblable mais dans la voix d'un autre scripteur, répondent « Invidiose », envieux, et parlent d'un homme « formonsiorem », plus beau, et « bellus », joli garçon ; leur lecture exacte est discutée (CIL IV 8259 ; Ancient Graffiti Project).
  • Dans la maison de Caecilius Iucundus (V.1.26) : « Quisquis amat valeat, pereat qui nescit amare, bis tanto pereat quisquis amare vetat », que celui qui aime se porte bien, que périsse celui qui ne sait pas aimer, et que périsse deux fois celui qui interdit d'aimer (CIL IV 4091 ; notre traduction). Le vers était connu à Rome comme à Pompéi (Ancient Graffiti Project).
  • Près de la porte de VIII.6.6, un distique élégiaque : « Miximus in lecto. Fateor, peccavimus, hospes. Si dices, quare ? Nulla matella fuit. » Nous avons pissé au lit. Je l'avoue, hôte, nous avons mal fait. Si tu demandes pourquoi : il n'y avait pas de pot de chambre (CIL IV 4957 ; notre traduction).
  • En VIII.2.30, une courte liste avec des nombres : du pain, des petits choux, de la bette, de la moutarde, de la menthe et du sel, parmi des mots moins sûrs (CIL IV 4888 ; Ancient Graffiti Project).
  • Dans une maison pompéienne étudiée en détail, on a montré que les graffiti se répondaient les uns aux autres et formaient des dialogues sur les murs (Benefiel 2010).

Interprétation

On ignore presque toujours qui a écrit ces lignes ; les noms qu'elles portent peuvent être ceux des scripteurs, ceux des personnes dont on parle, ou ni les uns ni les autres, et le rival qui signe CIL IV 8259 plaisante peut-être. La seconde partie de cette inscription est lue différemment selon les éditeurs, et Iris, la servante, n'y prend jamais la parole. Les nombres de CIL IV 4888 peuvent être des prix ou des quantités. Les graffiti montrent que beaucoup de gens, dans une ville romaine, savaient écrire quelques mots, mais l'étendue réelle de la lecture et de l'écriture reste débattue. Le latin est cité tel qu'il fut écrit, fautes comprises ; les traductions sont les nôtres.

Et demain

Que restera-t-il des messages que nous griffonnons chaque jour, les plaisanteries, les rancunes, les listes, quand les écrans qui les portent se seront éteints ?

Sources (3)
  1. The Ancient Graffiti Project (ed. R. Benefiel), Washington and Lee University. AGP-EDR158840 (CIL IV 1904, Basilica), AGP-EDR158841 (CIL IV 2461, Teatro Grande), AGP-EDR175589 (CIL IV 8259, I.10.3), AGP-EDR168646 (CIL IV 4091, Casa di Caecilius Iucundus), AGP-EDR175872 (CIL IV 4957, VIII.6.6), AGP-EDR175215 (CIL IV 4888, VIII.2.30). · ancientgraffiti.org
  2. Benefiel, R. Dialogues of ancient graffiti in the House of Maius Castricius in Pompeii. American Journal of Archaeology 114 (1), 2010, p. 59-101. · doi.org
  3. Corpus Inscriptionum Latinarum, Berlin-Brandenburg Academy of Sciences and Humanities. Volume IV, Inscriptiones parietariae Pompeianae Herculanenses Stabianae (ed. C. Zangemeister, R. Schoene, 1871) and its supplements. · cil.bbaw.de

Image agrandie · RH-0145

Le relevé noir sur blanc d'un graffito latin : deux lignes de capitales fines et anguleuses, tracées vite et de façon inégale, certaines liées, d'autres barrées de traits égarés. En dessous, une légende imprimée donne la référence CIL IV 2487 et le texte en capitales régulières : ADMIROR TE PARIES NON CECIDISSE QVI TOT SCRIPTORVM TAEDIA SVSTINEAS.

Fer.filol, tracing of CIL IV 2487, public domain (PD-self), via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine