Le jeu royal d'Ur, et les gardes qui y jouaient
- Datation
- Lieu
- Tell al-Muqayyar, province de Dhi Qar, Irak · Ville sumérienne d'Ur à l'époque des dynasties archaïques, et ses joueurs durant deux mille ans de Mésopotamie
- Coordonnées
- 30° 58′ N · 46° 06′ E (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Fragmentaire

BabelStone, CC0, via Wikimedia CommonsCC0-1.0Notice d'origine
L'économie de données est activée. Les images ne se chargent qu'à votre demande. Vous pouvez changer ce choix à tout moment dans les réglages.
Note de l'archiviste
Cette civilisation jouait. Dans une tombe d'Ur, vers 2600 av. è. c., on déposa un plateau de vingt cases, ses faces de coquillage ornées de rosettes et d'yeux : une boîte creuse où dormaient les pions et les dés. L'archéologue qui le trouva y versa de la cire chaude, case après case, pour que rien ne glisse.
Le jeu survécut aux rois de la ville. Dix-neuf siècles plus tard, à la porte d'une citadelle assyrienne, un taureau de pierre plus haut que deux hommes barrait le passage au mal. Entre ses sabots, quelqu'un a gratté dans le gypse la même grille, rugueuse, inégale, comme on trace un plateau quand il n'y a rien d'autre à faire et qu'une longue garde commence.
Bien plus tard encore, à Babylone, un scribe nommé Itti-Marduk-balatu recopia les règles sur l'argile et signa de sa main. Les pions étaient devenus des oiseaux. L'hirondelle, le corbeau, l'aigle couraient sur le parcours, et tomber sur une rosette portait chance : de quoi manger, de la bonne bière, de la viande. Sur la grille tracée sur l'autre face, une case promet : tu trouveras un ami.
Nous ne connaissons pas toutes les règles. Nous connaissons le geste : deux personnes penchées sur un plateau, et l'une d'elles sur le point de gagner.
Établi
- Le plateau, en bois revêtu de cases de coquillage, orné d'incrustations rouges et bleues et serti de baguettes de lapis-lazuli, a été mis au jour par Leonard Woolley dans le cimetière royal d'Ur et date d'environ 2600 à 2400 av. è. c. ; c'était à l'origine une boîte creuse qui contenait pions et dés (British Museum).
- Woolley le trouva face vers le ciel, ses incrustations effondrées dans le vide laissé par le bois pourri, et le dégagea case par case en y versant de la cire chaude (British Museum).
- Ses vingt cases sont celles du jeu des vingt cases, pratiqué de l'Iran au Levant du milieu du IIIe au milieu du Ier millénaire av. è. c. (Dunn-Vaturi, Metropolitan Museum of Art).
- Un plateau de jeu est gravé entre les sabots d'un taureau ailé de la porte B du rempart de la citadelle de Khorsabad, sculpté sous Sargon II, entre 710 et 705 av. è. c. (British Museum 1850,1228.4).
- Une tablette d'argile copiée à Babylone en 177 ou 176 av. è. c. par le scribe Itti-Marduk-balatu, exhumée à Babylone vers 1880 puis achetée peu après par le British Museum à un marchand, a été identifiée par Irving Finkel comme la plus ancienne règle de jeu de plateau connue (Finkel 2007).
- La tablette donne aux cinq pions des noms d'oiseaux (Hirondelle, Oiseau-tempête, Corbeau, Coq, Aigle), les fait avancer avec un osselet de bœuf et un osselet de mouton, et lie l'arrivée sur une rosette à des fortunes : assez de nourriture, de la bonne bière ou de la viande pour le joueur ; la grille tracée sur l'autre face porte de brefs présages, comme « tu trouveras un ami » (Finkel 2007).
Interprétation
On ignore comment l'on jouait à Ur même : la reconstitution de Finkel repose sur une tablette écrite quelque deux mille ans après les plateaux d'Ur, et sur l'hypothèse que sa grille est le même parcours de vingt cases. Sa lecture d'une course doublée d'un jeu de mise, où l'on gagnait et perdait des jetons, reste une hypothèse. Que les plateaux grattés de Khorsabad soient l'œuvre de gardes qui tuaient le temps est une déduction solide, tirée de leur place au pied des sculptures de porte, non un fait consigné. Le British Museum avance une origine possible dans la vallée de l'Indus ; elle demeure incertaine.
Et demain
Dans cent ans, de nos jeux, lesquels saura-t-on encore jouer, et qui les enseignera ?
Sources (4)
- British Museum. Game-board, Royal Cemetery, Ur, 2600-2400 BC, registration number 1928,1009.378 (BM 120834), collection online notice (archived 5 December 2023). · web.archive.org
- British Museum. Winged bull (lamassu) from Gate B of the citadel wall at Khorsabad, reign of Sargon II, 710-705 BC, registration number 1850,1228.4, collection online notice (archived 24 April 2026). · web.archive.org
- Finkel, I. L. On the Rules for the Royal Game of Ur. In Finkel, I. L. (ed.), Ancient Board Games in Perspective. London, British Museum Press, 2007, p. 16-32.
- Dunn-Vaturi, A. Twenty Squares: An Ancient Board Game. The Metropolitan Museum of Art, Assyria to Iberia exhibition blog, 9 December 2014. · www.metmuseum.org


