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Le phonautographe et la plus ancienne voix enregistrée reconnaissable

Avant le phonautographe de Scott, aucun instrument ne savait capter une voix dans l'air pour la fixer sur un support ; après lui, le son put être écrit par une machine, vingt ans avant que l'on sache relire un enregistrement.

Datation
1860
Lieu
Paris, France · Édouard-Léon Scott de Martinville, typographe et correcteur parisien, et l'Académie des sciences ; en 2008, le collectif First Sounds et le Lawrence Berkeley National Laboratory
Coordonnées
48° 51′ N · 2° 20′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Un dessin à la plume sur un papier jauni : un grand pavillon en forme de tonneau, couché sur un support de fonte ouvragée, se rétrécit vers une petite ouverture ronde fermée par une membrane ; juste devant, un cylindre horizontal muni d'une tige de manivelle tourne sur deux supports chantournés fixés à une planche. En haut à droite, une note manuscrite en français renvoie à un certificat d'addition du 29 juillet 1859 au brevet n° 31470, délivré le 25 mars 1857, et porte la signature Édouard Léon.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Édouard-Léon Scott de Martinville, 1859 (INPI), domaine public, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

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Note de l'archiviste

Il ne voulait pas l'entendre de nouveau. Édouard-Léon Scott de Martinville, typographe et correcteur à Paris, voulait voir une voix : faire que la parole s'écrive d'elle-même sur le papier.

Sa machine était un pavillon en forme de tonneau, fermé à son extrémité étroite par une membrane. Un fin stylet, fixé à la membrane, frôlait un cylindre garni d'un papier noirci à la fumée d'une lampe à huile. Quand quelqu'un chantait dans le pavillon et qu'on tournait la manivelle, le stylet griffait dans la suie une ligne tremblante. Scott appela ces tracés des phonautogrammes, et il fit breveter le procédé en 1857.

Le 9 avril 1860, une voix chanta dans le pavillon quelques mots d'une chanson populaire, Au clair de la lune. L'année suivante, la feuille fut remise à l'Académie des sciences, et elle y resta.

Pendant près d'un siècle et demi, personne ne put l'écouter : la ligne était une image, non un sillon. En 2008, des chercheurs numérisèrent le papier et laissèrent un ordinateur suivre le tracé. De la suie sortit une voix, ténue et voilée de bruit, qui chantait lentement. Elle n'avait jamais été faite pour résonner de nouveau.

Établi

  • Le 26 janvier 1857, Édouard-Léon Scott de Martinville déposa à l'Académie des sciences un pli cacheté décrivant son procédé, et le 25 mars 1857 il obtint pour celui-ci le brevet français n° 31 470 (Benoit et al. 2009).
  • Dans le phonautographe, le son recueilli par un pavillon faisait vibrer une membrane et un stylet, qui traçait les vibrations en une ligne ondulée sur un papier noirci au noir de fumée, enroulé sur un cylindre tourné à la main ; l'appareil devait rendre le son visible et lisible, non le restituer (Benoit et al. 2009 ; First Sounds).
  • Le 9 avril 1860, Scott enregistra la chanson populaire Au clair de la lune, et il déposa le tracé à l'Académie des sciences en 1861 ; c'est le plus ancien enregistrement d'une voix humaine clairement reconnaissable retrouvé à ce jour (First Sounds).
  • En 2008, le collectif First Sounds fit numériser à Paris les tracés de Scott et les convertit en son grâce à un logiciel mis au point au Lawrence Berkeley National Laboratory par Carl Haber et Earl Cornell ; le résultat fut diffusé en public pour la première fois en mars 2008 (First Sounds).
  • À partir de 1860, Scott ajouta à ses tracés celui d'un diapason, qui permet de corriger la vitesse irrégulière du cylindre tourné à la main (First Sounds).
  • En 2015, l'UNESCO a inscrit les phonautogrammes de Scott au registre Mémoire du monde (UNESCO).

Interprétation

La voix entendue en 2008 était aiguë et frêle, et on la prit pour celle d'une femme ou d'un enfant, parce que la vitesse de lecture avait été réglée sur un diapason supposé vibrer à 500 Hz. En 2009, en écoutant un autre tracé dans lequel Scott s'excuse de ses propres paroles, l'équipe de First Sounds conclut que le diapason vibrait à 250 Hz et qu'il fallait lire l'enregistrement deux fois plus lentement ; on y entend désormais le plus souvent un homme, très probablement Scott lui-même, chantant lentement. La vitesse d'un tracé fait à la main ne peut cependant qu'être estimée, et le son est une reconstruction moderne à partir d'une image. Faire de Scott l'inventeur de l'enregistrement sonore dépend de la définition retenue : le phonographe de Thomas Edison, en 1877, fut la première machine à enregistrer le son et à le restituer.

Dans 10 000 ans

Dans 10 000 ans, retrouvera-t-on les enregistrements de cette civilisation comme celui-ci, sous forme de lignes sur une page, sans plus posséder de machine pour les lire ?

Sources (5)
  1. Benoit, S., Blouin, D., Dupont, J.-Y., Emptoz, G. Chronique d'une invention : le phonautographe d'Édouard-Léon Scott de Martinville (1817-1879) et les cercles parisiens de la science et de la technique. Documents pour l'histoire des techniques 17, 2009, p. 69-89. · journals.openedition.org
  2. UNESCO, Memory of the World. Humanity's first recordings of its own voice: the phonautograms of Édouard-Léon Scott de Martinville (c. 1853-1860), inscribed in 2015. · www.unesco.org
  3. First Sounds. The phonautograms of Édouard-Léon Scott de Martinville (the 1860 Au clair de la lune and its sound files). · www.firstsounds.org
  4. First Sounds. Earlier playback speeds of Scott's phonautograms (the 2008 interpretation and its correction in 2009). · www.firstsounds.org
  5. Feaster, P. (ed. and trans.). The phonautographic manuscripts of Édouard-Léon Scott de Martinville. FirstSounds.org, 2009. · www.firstsounds.org

Image agrandie · RH-0097

Un dessin à la plume sur un papier jauni : un grand pavillon en forme de tonneau, couché sur un support de fonte ouvragée, se rétrécit vers une petite ouverture ronde fermée par une membrane ; juste devant, un cylindre horizontal muni d'une tige de manivelle tourne sur deux supports chantournés fixés à une planche. En haut à droite, une note manuscrite en français renvoie à un certificat d'addition du 29 juillet 1859 au brevet n° 31470, délivré le 25 mars 1857, et porte la signature Édouard Léon.

Édouard-Léon Scott de Martinville, 1859 (INPI), domaine public, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine