Le rongorongo, les tablettes que nul ne sait lire
- Datation
- Lieu
- Rapa Nui (île de Pâques), Chili · Rapa Nui
- Coordonnées
- 27° 07′ S · 109° 21′ W (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Fragmentaire
Ce fragment montre un objet tenu pour sacré.
Il est montré ici tel que le présente l'institution qui le conserve. Des communautés qui lui sont liées demandent qu'on le regarde avec égard. Vous pouvez choisir de voir l'image, ou lire la notice sans elle.

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Photograph taken in Papeete while the tablet was in Bishop Jaussen's possession, from S.-C. Chauvet, L'île de Pâques et ses mystères (1935; English translation by Ann M. Altman, ed. Shawn McLaughlin, 2004), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-SA-3.0Notice d'origine
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Note de l'archiviste
À Rapa Nui, il y avait des maisons où l'on apprenait les signes : les jeunes s'y exerçaient sur de l'écorce séchée avant qu'on leur confie le bois. Plus tard, avec un éclat d'obsidienne ou une esquille d'os, une main les gravait dans les tablettes : animaux, petites figures humaines, croissants, des centaines de formes en rangs serrés. Le lecteur suivait une ligne jusqu'au bout, puis retournait la planche, car une ligne sur deux court à l'envers. Ce qu'on récitait à partir d'elles, les noms, l'ordre des lunes, les chants, n'appartenait qu'au petit nombre de ceux qui savaient.
Au début des années 1860, des navires négriers venus du Pérou ont emporté une grande partie des habitants de l'île. Les épidémies ont suivi. En quelques années, ceux qui savaient faire parler le bois avaient disparu.
Quand les missionnaires ont commencé à rassembler les tablettes, en 1869, les planches étaient encore là, mais la plupart des voix s'étaient tues. La mémoire de l'île dit que d'autres avaient été brûlées, pendant les années de faim, pour cuire le poisson. Une vingtaine subsistent, dans des musées de Rome à Honolulu. Aucune n'est restée dans l'île.
Cette civilisation n'a pas perdu les tablettes. Elle a perdu ceux qui les lisaient.
Établi
- Le rongorongo est l'écriture de Rapa Nui ; kōhau roŋoroŋo, le nom des tablettes, se traduit par « tablette parlante », roŋoroŋo signifiant « appeler » ou « réciter » (Australian Museum).
- L'écriture subsiste sur vingt-six ou vingt-sept objets de bois, tous hors de Rapa Nui ; signalée pour la première fois par des étrangers en 1864, elle n'est toujours pas déchiffrée (Ferrara et al. 2024 ; Australian Museum).
- Elle compte quelque 600 signes distincts, surtout des figures humaines et animales, lus en boustrophédon inversé : on retourne la tablette au bout de chaque ligne (Australian Museum).
- La tradition de Rapa Nui garde le souvenir de maisons d'enseignement, les hare roŋoroŋo, où les élèves s'exerçaient sur de l'écorce séchée avant de graver le bois de toromiro à l'obsidienne ou à l'os (Australian Museum, d'après des détenteurs du savoir rapanui).
- Des négriers venus de Callao, au Pérou, ont déporté environ 1 500 Rapanui, et des épidémies ont suivi ; les détenteurs du savoir qui lisaient l'écriture ont disparu (musée du quai Branly ; Ferrara et al. 2024 ; Australian Museum).
- La Mamari (tablette C), conservée à Rome, est taillée dans un bois de Thespesia populnea abattu entre 1694 et 1840 environ ; le bois de la tablette D a été abattu entre 1493 et 1509, avant l'arrivée des Européens dans l'île, dans les années 1720 (Ferrara et al. 2024).
Interprétation
On discute encore pour savoir si le rongorongo était une écriture à part entière ou un jeu de signes aidant les récitants à se souvenir des chants, et s'il a été inventé avant tout contact avec les Européens ; la date ancienne de la tablette D plaide pour une invention indépendante, mais son bois, d'une espèce qui n'a jamais poussé dans l'île, pourrait provenir d'un bois flotté. Les spécialistes pensent que les tablettes consignaient le cycle de la lune, des événements, des légendes et des généalogies de chefs (musée du quai Branly), mais aucune lecture proposée n'a été confirmée. Les sources divergent sur le nombre d'objets (vingt-six, vingt-sept, une vingtaine, trente selon la mémoire de l'île) et sur les dates des raids (de 1862 à 1864 pour Maude, de 1859 à 1863 pour le quai Branly).
Et demain
Les signes sont tous là, nets dans le bois. Laquelle de nos écritures aura encore un lecteur dans mille ans, et qui sera le dernier ?
Sources (4)
- Ferrara, S., Tassoni, L., Kromer, B., Wacker, L., Friedrich, M., Tonini, F., Lastilla, L., Ravanelli, R., Talamo, S. The invention of writing on Rapa Nui (Easter Island). New radiocarbon dates on the Rongorongo script. Scientific Reports 14, 2794, 2024. · doi.org
- Australian Museum. Kōhau Roŋoroŋo: talking tablet (information shared by Rapa Nui knowledge holders Victor Pakomio and Johnny Tuki). · australian.museum
- Musée du quai Branly, Jacques Chirac. Trésors de Rapa Nui (île de Pâques), vitrine temporaire, prêt de quatre tablettes par la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, jusqu'en juin 2025. · m.quaibranly.fr
- Maude, H. E. Slavers in paradise: the Peruvian labour trade in Polynesia, 1862-1864. Canberra, Australian National University Press, 1981. · openresearch-repository.anu.edu.au


