Bikini : un foyer quitté pour le bien de l'humanité
- Datation
- Lieu
- Atoll de Bikini, république des Îles Marshall · Le peuple de l'atoll de Bikini, îles Marshall
- Coordonnées
- 11° 37′ N · 165° 33′ E (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Fragmentaire

U.S. Department of Defense, March 1946, U.S. National Archives (NAID 146763094), public domainPDMNotice d'origine
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Note de l'archiviste
Un dimanche du début de 1946, un officier de marine américain vint à Bikini demander à ses habitants de quitter leur atoll pour un temps, afin que son pays puisse y essayer des bombes atomiques pour le bien de l'humanité. Les habitants se réunirent. Puis Juda, leur chef, donna la réponse : ils partiraient, en croyant que tout est entre les mains de Dieu.
Ils emportèrent ce qu'ils pouvaient porter. Ils coupèrent les feuilles des pandanus de leurs propres arbres pour couvrir les maisons qu'ils bâtiraient sur l'atoll suivant, et regardèrent leurs pirogues à balancier hissées à la grue sur le pont d'un navire de guerre.
Rongerik ne pouvait pas les nourrir. En moins de deux ans, ils eurent faim, et on les déplaça encore, puis encore, jusqu'à Kili, une île sans lagon, où l'on demanda à des gens de la mer de devenir cultivateurs.
Dans les années 1970, des familles rentrèrent chez elles, sur une terre déblayée, parmi des arbres fruitiers replantés. Puis on retrouva dans leur corps ce qu'elles avaient mangé là-bas, et en 1978 on les emmena une seconde fois.
Les enfants nés en exil ont vieilli. En 2010, Bikini a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, pour les bombes. Son peuple ne peut toujours pas y vivre.
Établi
- Un dimanche après-midi, au début de 1946, le commodore Ben Wyatt, gouverneur militaire des îles Marshall, demanda aux habitants de Bikini s'ils accepteraient de quitter leur atoll temporairement pour que les États-Unis y essaient des bombes atomiques « pour le bien de l'humanité et pour mettre fin à toutes les guerres » ; Juda, leur chef, annonça qu'ils partiraient « en croyant que tout est entre les mains de Dieu » (National Museum of American History ; notre traduction).
- Avant le premier essai, les 167 Bikiniens qui vivaient sur l'île de Bikini furent transférés à partir du 7 mars 1946 sur l'atoll de Rongerik, à quelque 200 km à l'est ; leurs pirogues à balancier furent chargées sur le navire de débarquement LST-1108 (AIEA 1998 ; Archives nationales des États-Unis).
- Après des mois de pénurie à Rongerik, ils furent déplacés en mars 1948 à Kwajalein, puis en novembre 1948 à Kili, une île isolée sans lagon, où l'on attendait de ces pêcheurs qu'ils deviennent cultivateurs (AIEA 1998 ; États-Unis, A/HRC/21/48/Add.2).
- En 1968, l'atoll fut déclaré habitable ; des familles revinrent à partir de 1972 et quelque 139 Bikiniens finirent par s'y réinstaller. En 1977 et 1978, le césium 137 présent dans leur corps augmenta fortement, ce qu'on attribua aux aliments cultivés sur l'île, et en 1978 ils furent de nouveau évacués, la plupart vers l'île d'Ejit, à Majuro (AIEA 1998 ; États-Unis, A/HRC/21/48/Add.2).
- Trois îles de l'atoll ont été vaporisées par les essais (États-Unis, A/HRC/21/48/Add.2). En 2016, le rayonnement gamma externe sur l'île de Bikini dépassait encore la norme convenue entre les États-Unis et les îles Marshall, et la réinstallation n'avait pas eu lieu (Bordner et al. 2016).
- Le site d'essais nucléaires de l'atoll de Bikini a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 2010, premier site des îles Marshall à l'être (UNESCO).
Interprétation
Les chiffres diffèrent selon les sources. L'UNESCO compte 67 essais nucléaires de 1946 à 1958, soit le total de Bikini et d'Enewetak réunis ; l'AIEA en compte seize à Bikini, et d'autres récits vingt-trois. Le recueil photographique officiel de 1946 indique 161 personnes transportées ce jour-là, contre 167 dans la plupart des récits. On discute de la possibilité réelle qu'avaient les habitants de Bikini de refuser en 1946 ; les mots « temporairement » et « pour le bien de l'humanité » sont ceux de la demande telle que la Smithsonian la rapporte d'après le reportage de LIFE de l'époque.
Et demain
Quelle sera la dernière chose que nous emporterons d'une maison où nous ne pourrons pas revenir ?
Sources (6)
- UNESCO World Heritage Centre. Bikini Atoll Nuclear Test Site (inscribed 2010), property description. · whc.unesco.org
- Stegnar, P. Assessing radiological conditions at Bikini Atoll and the prospects for resettlement. IAEA Bulletin 40 (4), 1998, p. 15-17. · www.iaea.org
- United Nations Human Rights Council. Report of the Special Rapporteur on hazardous substances and wastes, Mission to the Marshall Islands: comments by the State (United States of America), A/HRC/21/48/Add.2, 2012. · digitallibrary.un.org
- Bordner, A. S., Crosswell, D. A., Katz, A. O., Shah, J. T., Zhang, C. R., Nikolic-Hughes, I., Hughes, E. W., Ruderman, M. A. Measurement of background gamma radiation in the northern Marshall Islands. Proceedings of the National Academy of Sciences 113 (25), 2016, p. 6833-6838. · k1project.columbia.edu
- National Museum of American History, Smithsonian Institution. Carl Mydans, Commodore Ben H. Wyatt addressing the Bikini Island natives, 1946, photograph 2005.0228.109 (record, CC0 metadata). · www.si.edu
- U.S. National Archives and Records Administration. Project 18, Operation Crossroads (Bikini) Test Activities: Bikini outrigger swung aboard LST for transport to Rongerik, photograph 374-ANT-18-CR-402-007 (NAID 146763094). · catalog.archives.gov


