Le crépissage de Djenné : une ville qui recouvre sa mosquée à la main
- Datation
- Lieu
- Djenné, Mali · Les habitants de Djenné et l'association de ses maçons, le barey ton, Mali
- Coordonnées
- 13° 54′ N · 4° 33′ W (approximatives)
- Ce qu'il en reste
- Intact
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Ralf Steinberger, CC BY 2.0, via Wikimedia CommonsCC-BY-2.0Notice d'origine
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Note de l'archiviste
Dans cette civilisation, certains édifices étaient achevés une fois pour toutes. La mosquée de Djenné ne l'était jamais. Ses murs étaient de terre, et chaque saison des pluies en emportait une part. Alors, chaque année, avant les pluies, la ville revenait vers elle.
Les maçons disaient comment faire. Ils appartenaient à une association, le barey ton, et les anciens réunissaient d'abord les jeunes pour leur expliquer le travail. Depuis des semaines, une fosse de boue mêlée de son pourrissait en attendant d'être prête.
Le jour venu, les filles se levaient à l'aube. Elles allaient aux puits, descendaient au fleuve, revenaient avec l'eau, encore et encore, parce que sans eau la boue ne se mélange pas. Des pieds nus la piétinaient. Les jeunes hommes la montaient le long des murs dans des paniers et des seaux, en grimpant sur les bois de palmier qui sortent de la façade comme les barreaux d'une échelle qu'on ne retire jamais. Des hommes s'y asseyaient à califourchon et giflaient le mur d'argile, à mains nues. Le soir, tout le monde en était couvert, et la ville mangeait ensemble.
Personne ne possédait cet édifice plus qu'un autre. Il tenait debout parce que, chaque année, tout le monde l'avait touché.
Établi
- L'actuelle Grande Mosquée de Djenné a été bâtie en 1907 (CyArk) ; la vieille ville de Djenné figure sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988 (Courrier de l'UNESCO).
- Chaque année, la mosquée reçoit une nouvelle couche de banco, un enduit de terre et d'eau mêlé de son de céréales, laissé pourrir dans une fosse de quinze jours à un mois avant l'emploi (CyArk, entretien avec Nouhoum Touré ; Courrier de l'UNESCO).
- Les maçons de Djenné sont réunis en une association, le barey ton, dotée d'un président élu ; les apprentis travaillent d'abord avec les manœuvres, puis avec les maçons, jusqu'à ce qu'un maître les déclare prêts (Massing 2012, compte rendu de Marchand 2009).
- Avant le crépissage, les maçons réunissent les jeunes maçons et leur expliquent comment le travail doit être fait (CyArk, entretien avec Nouhoum Touré).
- Le jour du crépissage, les filles se lèvent à l'aube pour rapporter l'eau des puits et du fleuve, et les jeunes hommes malaxent la boue et la portent en haut, en bas, dedans et dehors (CyArk, entretien avec Aïssata Djitteye).
- En 2000, l'écrivain malien Albakaye Ousmane Kounta décrivait un crépissage commencé à l'aube, à la fin du ramadan : l'argile piétinée pieds nus, des centaines de femmes et d'hommes coulant vers les murs, des ouvriers assis à califourchon sur les bois de rônier « comme des cavaliers du ciel » (Courrier de l'UNESCO).
- Le 12 mai 2024, des milliers d'habitants y ont pris part malgré l'insécurité du centre du Mali ; la ville est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 2016 (Associated Press).
Interprétation
La date du crépissage est fixée chaque année par les autorités de la ville et elle varie : le récit de Kounta la place à la fin du ramadan, tandis qu'en 2024 il eut lieu en mai, avant les pluies ; les entretiens de CyArk décrivent le rôle de l'imam et du chef de village dans le choix du jour. Le texte de Kounta est un poème autant qu'un témoignage. L'édifice de 1907 fut élevé sous la domination coloniale française, et la part de l'administration coloniale dans son dessin reste discutée. La presse nomme souvent le chef de l'association des maçons ; ce rôle n'a pas pu être vérifié ici dans une source savante. L'organisation du barey ton est décrite par l'anthropologue Trevor Marchand, qui fut lui-même apprenti à Djenné, et n'est résumée ici qu'à travers un compte rendu publié de son livre.
Et demain
Dans cent ans, restera-t-il un bâtiment qu'une ville entière doive toucher chaque année pour qu'il tienne debout ?
Sources (5)
- Kounta, A. O. (text), Jaspars, C. (photographs). Que soit et reste Djenné. Le Courrier de l'UNESCO, April 2000, p. 3-8. · webarchive.unesco.org
- CyArk. The Great Mosque of Djenné: interview transcripts (the imam Alphamoye Diakité, the mason Nouhoum Touré, Aïssata Djitteye of the Sankoré district), Tapestry. · tapestry.cyark.org
- Massing, A. Review of Trevor H. J. Marchand, The Masons of Djenné (Bloomington, Indiana University Press, 2009). Cahiers d'études africaines 206-207, 2012, p. 709-713. · journals.openedition.org
- Marchand, T. H. J. The Masons of Djenné. Bloomington, Indiana University Press, 2009 (not consulted directly; cited through Massing 2012).
- Associated Press. In Mali, thousands replaster the Great Mosque of Djenne, under threat from conflict, 13 May 2024. · www.clickondetroit.com


