Aller au contenu
Stela
FREN

Salles

Nous avons bâti INous avons découvert IINous avons imaginé IIINous avons changé le monde IVCe que nous avons perdu VCe que nous laissons VI

Explorer

FriseCarteParcoursChercher dans l'archive

Langue

English

Réglages

RH-0146MusiqueEurope

Hildegarde de Bingen : l'année où l'on défendit à ses sœurs de chanter

Datation
de 1150 à 1179 de l'ère commune
Lieu
Bingerbrück, Bingen am Rhein, Rhénanie-Palatinat, Allemagne · Moniales bénédictines du Rupertsberg près de Bingen, Rhénanie, Saint-Empire romain germanique
Coordonnées
49° 58′ N · 7° 54′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Une haute page de parchemin en deux colonnes, aux bords assombris, avec une petite tache près du haut ; au-dessus de chaque ligne de texte latin à l'encre noire court une portée rouge chargée de petits neumes noirs, les signes de la mélodie. Des initiales rouges et bleues ouvrent les sections, des mentions rouges nomment les chanteurs, et au bas de la colonne de gauche un titre rouge annonce « Incipit ordo virtutum », ici commence l'Ordre des Vertus. Le bord de la page suivante apparaît à droite.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

Riesencodex, Hochschul- und Landesbibliothek RheinMain, Wiesbaden, Hs. 2, fol. 478v, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine

L'économie de données est activée. Les images ne se chargent qu'à votre demande. Vous pouvez changer ce choix à tout moment dans les réglages.

Note de l'archiviste

Dans la dernière année de sa vie, Hildegarde avait environ quatre-vingts ans, et ses sœurs avaient cessé de chanter.

Un homme avait été enterré dans le cimetière du monastère, sur le Rupertsberg, au-dessus du Rhin. Il avait été excommunié autrefois, mais avant de mourir il s'était confessé et avait reçu les sacrements. Les prélats de Mayence ordonnèrent de déterrer le corps. Elle refusa. La maison fut donc frappée d'interdit, et les femmes, qui avaient chanté toute leur vie les heures du jour, ne firent plus que les lire.

Elle avait composé une grande part de ce qu'elles chantaient, et un drame où les Vertus disputent au Diable une âme humaine. Tous les rôles y sont chantés, sauf un. Le Diable ne fait que parler.

Elle écrivit à Mayence. Ceux qui imposent sans juste cause le silence à une église, avertit-elle, perdront leur place dans le chœur des anges.

L'interdit fut levé quelques mois avant sa mort. Ses mélodies furent copiées dans un grand livre, avec de petits signes noirs au-dessus de chaque ligne de mots, et ce livre a survécu à une guerre. On chante encore ses chants.

Établi

  • Hildegarde naquit en 1098 à Bermersheim, près d'Alzey, fut reçue comme oblate à l'abbaye bénédictine du Disibodenberg à l'âge de huit ans et fit profession en 1115 ; vers 1136, elle succéda à Jutta de Sponheim comme magistra de la communauté des femmes (Benoît XVI 2012).
  • Vers 1150, elle fonda un monastère sur le Rupertsberg, près de Bingen, où elle s'installa avec vingt sœurs, puis en 1165 une seconde maison sur l'autre rive du Rhin ; elle mourut au Rupertsberg le 17 septembre 1179 (Benoît XVI 2012).
  • Ses chants furent réunis sous le titre Symphonia armonie celestium revelationum, la symphonie de l'harmonie des révélations célestes (Benoît XVI 2012).
  • Son drame musical, l'Ordo Virtutum, repose sur l'opposition de la parole et du chant : les cinq interventions de Satan sont parlées, tandis que les Vertus, qui chantent, apprennent à l'âme déchue, Anima, à retrouver la musique qu'elle possédait au début de la pièce ; l'œuvre dure environ quarante-cinq minutes et s'achève sur une supplication plutôt que sur un triomphe (Fassler 2026).
  • Seules deux grandes collections de sa musique subsistent, l'une à Louvain, l'autre dans le Riesencodex de Wiesbaden (Bain 2018).
  • Vers la fin de sa vie, un homme qui avait été excommunié, mais qui s'était confessé, avait reçu l'extrême-onction et s'était réconcilié avant sa mort, fut enterré au Rupertsberg ; les prélats de Mayence ordonnèrent d'exhumer le corps, elle refusa, et le monastère fut frappé d'interdit (Baird 2006, lettre 72 ; Senz 2023).
  • Dans sa lettre aux prélats, elle écrit que les sœurs ont cessé de chanter l'office divin et se contentent de le lire, et avertit que ceux qui imposent sans juste cause le silence à une église perdront leur place dans le chœur des anges (Baird 2006, lettre 72).
  • L'interdit fut levé quelques mois avant sa mort (Senz 2023).
  • Benoît XVI l'a proclamée docteur de l'Église universelle le 7 octobre 2012 (Benoît XVI 2012).

Interprétation

Les sources datent la lettre aux prélats de Mayence de 1178 ou de 1179, et l'identité comme le rang du défunt varient selon les récits. Dans cette lettre, elle présente sa défense de la louange chantée comme une parole entendue d'une voix venue de la Lumière vivante ; la manière de lire ce genre d'affirmation relève de la foi et de l'interprétation. On décrit souvent l'Ordo Virtutum comme une moralité, mais on ignore comment et par qui il fut joué pour la première fois. Que le rôle du Diable soit parlé se lit d'ordinaire comme une affirmation théologique : le mal n'a aucune part à l'harmonie du ciel.

Et demain

Dans cent ans, qui décidera des voix qui ont le droit de se faire entendre, et qui osera encore écrire qu'un silence imposé sans raison est une faute ?

Sources (5)
  1. Benedict XVI. Apostolic letter proclaiming Saint Hildegard of Bingen, professed nun of the Order of Saint Benedict, a Doctor of the Universal Church, 7 October 2012. · www.vatican.va
  2. Bain, J. History of a book: Hildegard of Bingen's 'Riesencodex' and World War II. Plainsong and Medieval Music 27 (2), 2018, p. 143-170. · doi.org
  3. Hildegard of Bingen. Letter to the prelates of Mainz (1178 or 1179), in Baird, J. L. (ed. and trans.), The Personal Correspondence of Hildegard of Bingen, Oxford University Press, 2006, letter 72; excerpt edited for the HEMED teaching resources, Le Mans Université. · hemed.univ-lemans.fr
  4. Fassler, M. Speech, melody, and theology in Hildegard's music drama, lecture abstract, Faculty of Music, University of Cambridge, 28 January 2026. · talks.cam.ac.uk
  5. Senz, P. The life and music of St. Hildegard von Bingen, Doctor of the Church. Catholic World Report, 16 September 2023. · www.catholicworldreport.com

Image agrandie · RH-0146

Une haute page de parchemin en deux colonnes, aux bords assombris, avec une petite tache près du haut ; au-dessus de chaque ligne de texte latin à l'encre noire court une portée rouge chargée de petits neumes noirs, les signes de la mélodie. Des initiales rouges et bleues ouvrent les sections, des mentions rouges nomment les chanteurs, et au bas de la colonne de gauche un titre rouge annonce « Incipit ordo virtutum », ici commence l'Ordre des Vertus. Le bord de la page suivante apparaît à droite.

Riesencodex, Hochschul- und Landesbibliothek RheinMain, Wiesbaden, Hs. 2, fol. 478v, public domain, via Wikimedia CommonsPDMNotice d'origine