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RH-0138LanguesAsie

Un sceau de l'Indus, et les lecteurs perdus

Datation
de 2600 à 1900 av. è. c.
Lieu
Mohenjo-daro, district de Larkana, Sind, Pakistan · Civilisation de l'Indus (harappéenne), période harappéenne mûre
Coordonnées
27° 20′ N · 68° 08′ E (approximatives)
Ce qu'il en reste
Intact
Deux petits objets carrés côte à côte sur un fond gris. À gauche, un sceau de pierre claire, presque blanche, ébréché aux angles, dont l'image est gravée à l'envers ; à droite, son empreinte moderne en argile beige, où l'image se lit à l'endroit : un animal semblable à un taureau, doté d'une seule longue corne, vu de profil, un motif de harnais sur l'épaule, la tête baissée vers un haut objet étagé posé sur un pied. Au-dessus de son dos court une brève rangée de signes, parmi lesquels un losange, un arc pointu rempli de traits comme un petit arbre et un simple trait vertical.L'image n'a pas pu être chargée.Image non enregistrée sur cet appareilLa voir sur la notice d'origine

The Metropolitan Museum of Art, Dodge Fund, 1949, 49.40.1, CC0, via Wikimedia CommonsCC0-1.0Notice d'origine

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Note de l'archiviste

Quelqu'un a pressé ce carré de pierre dans l'argile molle, et l'argile a gardé une image : un animal à une seule corne, la tête baissée devant un haut objet posé sur un pied, et, au-dessus de son dos, une courte ligne de signes.

Dans les villes de l'Indus, à Mohenjo-daro et à Harappa, on a fait ce geste des milliers de fois. On taillait des sceaux assez petits pour tenir dans un poing fermé, on les cuisait pour les durcir et les blanchir, puis on les imprimait dans l'argile, peut-être pour marquer un ballot de marchandises ou une porte. Celui qui recevait l'argile lisait les signes d'un coup d'œil. Un nom, sans doute. Un titre, une charge, une ville, un dieu. C'était évident pour eux, comme une signature ou une étiquette sur une étagère l'est pour nous.

Puis les villes se sont vidées. Ceux qui savaient sont partis, ou ont cessé de l'apprendre à leurs enfants, et les signes sont restés dans la terre sans plus personne pour les entendre.

Les archéologues ont rassemblé quelque quatre mille de ces brèves inscriptions. Ils ont compté les signes, mesuré leur ordre, débattu pour savoir s'ils notent seulement une langue. Personne n'a pu en prononcer un seul mot.

Ce qui s'est perdu, ce n'est pas la pierre. C'est le lecteur.

Établi

  • Sceau à cachet en stéatite cuite, de 3,8 cm sur 3,8 cm, avec son empreinte moderne ; civilisation de l'Indus, période harappéenne mûre, vers 2600 à 1900 av. è. c. ; Metropolitan Museum of Art, 49.40.1, acheté en 1949 (Metropolitan Museum of Art).
  • L'empreinte montre un animal à une seule corne face à un haut objet que le musée identifie, avec un point d'interrogation, comme un brûle-parfum, sous une courte inscription (Metropolitan Museum of Art).
  • On connaît quelque 4 000 objets inscrits, sur des sceaux, des tablettes, des poteries et d'autres supports ; une inscription compte en moyenne environ cinq signes, la plus longue sur une même surface en a 17, et l'on a dénombré quelque 400 signes distincts (Rao et al. 2010).
  • L'écriture n'est pas déchiffrée, et aucune des lectures proposées n'a été confirmée (Rao et al. 2010 ; Sproat 2014).
  • Farmer, Sproat et Witzel ont soutenu en 2004 que les signes ne notaient pas la parole ; Rao et ses collègues ont répondu en 2009 que l'ordre des signes présente une structure statistique proche de celle des langues (Farmer et al. 2004 ; Rao et al. 2010).

Interprétation

On débat pour savoir si les signes de l'Indus notent une langue. Farmer, Sproat et Witzel (2004) jugent les inscriptions trop courtes, et les signes trop figés sur quelque six siècles, pour constituer une écriture, et y voient un système d'emblèmes non linguistique aux usages religieux, politiques et sociaux. Rao et ses collègues (2009) ont mesuré l'ordre des signes et l'ont trouvé plus proche des langues que de systèmes non linguistiques comme l'ADN ou un programme informatique ; Sproat (2014) conteste que de telles mesures permettent de distinguer les deux, et Rao et ses collègues maintiennent que leur résultat renforce les autres traits linguistiques de l'écriture sans les prouver à lui seul. Les hypothèses selon lesquelles les signes noteraient une ancienne langue dravidienne, ou une autre, restent sans preuve. L'animal de ce sceau est appelé licorne par convention, et l'objet placé devant lui peut être un étendard, un autel ou un brûle-parfum.

Et demain

Dans quelques milliers d'années, quelqu'un retournera peut-être entre ses doigts l'une de nos cartes bancaires, ou une clé de porte, et posera la question que nous posons à ces sceaux : était-ce une écriture, et que disait-elle ?

Sources (5)
  1. The Metropolitan Museum of Art. Stamp seal and modern impression: unicorn and incense burner (?), Indus, Mature Harappan, ca. 2600 to 1900 BCE, burnt steatite, 49.40.1, Dodge Fund, 1949 (collection record, open access). · www.metmuseum.org
  2. Farmer, S., Sproat, R., Witzel, M. The collapse of the Indus-script thesis: the myth of a literate Harappan civilization. Electronic Journal of Vedic Studies 11 (2), 2004, p. 19-57.
  3. Rao, R. P. N., Yadav, N., Vahia, M. N., Joglekar, H., Adhikari, R., Mahadevan, I. Entropy, the Indus script, and language: a reply to R. Sproat. Computational Linguistics 36 (4), 2010, p. 795-805 (defending their paper in Science 324, 2009, p. 1165). · aclanthology.org
  4. Sproat, R. A statistical comparison of written language and nonlinguistic symbol systems. Language 90 (2), 2014, p. 457-481. · doi.org
  5. Connecticut College, Digital Asian art collection. Stamp seal (Metropolitan Museum of Art 49.40.1), provenance note. · diluo.digital.conncoll.edu

Image agrandie · RH-0138

Deux petits objets carrés côte à côte sur un fond gris. À gauche, un sceau de pierre claire, presque blanche, ébréché aux angles, dont l'image est gravée à l'envers ; à droite, son empreinte moderne en argile beige, où l'image se lit à l'endroit : un animal semblable à un taureau, doté d'une seule longue corne, vu de profil, un motif de harnais sur l'épaule, la tête baissée vers un haut objet étagé posé sur un pied. Au-dessus de son dos court une brève rangée de signes, parmi lesquels un losange, un arc pointu rempli de traits comme un petit arbre et un simple trait vertical.

The Metropolitan Museum of Art, Dodge Fund, 1949, 49.40.1, CC0, via Wikimedia CommonsCC0-1.0Notice d'origine